logotype

Appel à communications - Rencontre annuelle de l'ACÉF XIX - Université de Calgary (Canada) - du 28 au 30 mai 2016

 ACÉF-XIX

Appel à communications

 La prochaine rencontre annuelle de l'Association canadienne d'études francophones du XIXe siècle (ACÉF- XIX) aura lieu dans le cadre du Congrès des sciences humaines à l’Université de Calgary (Canada) du 28 au 30 mai 2016.

Nous sollicitons dès à présent des propositions de communication pour l’un ou l’autre des ateliers mentionnés ci-dessous. Prière d’envoyer votre proposition de communication (250 mots environ) en indiquant l’atelier concerné et en incluant une brève notice biobibliographique à l’adresse électronique de l’association : acef19e@gmail.com.

Date limite : 29 janvier 2016

ATELIER 1 : « Viralité, réimpression et circulation dans la presse francophone du 19e siècle »

 Atelier proposé par Julien Schuh (Université de Reims) et Guillaume Pinson (Université Laval)

La « civilisation du journal » a provoqué l'apparition de nouvelles formes de textes journalistiques, aux statuts très divers (poèmes, contes, chroniques, listes...), qui partagent la particularité d'être reproduits, in extenso ou sous forme de fragments, dans d’innombrables numéros de périodiques, à des échelles temporelles et géographiques souvent insoupçonnées. Cet atelier doit permettre de poser les bases de l’étude de la « viralité » dans la presse francophone au XIXe siècle, en permettant aux participants de réfléchir à une culture de la réimpression au XIXe  siècle, dans un contexte de circulation accélérée des corpus.

Axes envisagés :

-       typologie : qu’est-ce qu’un texte reproductible ? une esthétique de la viralité se met-elle en place à cette époque et influence-t-elle d’autres genres d’écrits ?

-       méthodologie: la notion de "viralité" est récente ; son application à des objets anciens est-elle pertinente ? Une comparaison entre médias anciens et médias sociaux actuels est-elle possible ?

-       les réseaux médiatiques : quels types de réseaux se dégagent de l’analyse de la répétition de textes dans la presse ?

-       les conditions techniques de la reproduction : peut-on mettre en relation une hausse de la viralité avec les conditions matérielles de la production des périodiques ?

-       sociologie : quel rôle joue la presse dans l’uniformisation culturelle au XIXe siècle ?

-       l’image reproduite : au-delà des textes, peut-on repérer une typologie des images virales ?

-       études de cas : comment articuler les déplacements de corpus longs (souvent très connus, comme les romans-feuilletons) et ceux de corpus « de tous les jours », souvent anonymes, qui sont plus difficiles à repérer ?

 

ATELIER 2 : « Le trafic d’influences : comment l’Angleterre se traduit en France, de Waterloo à la Révolution de février 1848 … et après »

Atelier proposé par Gabriel Moyal (Université McMaster) 

       La littérature n’échappe point aux révolutions de l’esprit humain ; elle est contrainte de le suivre dans sa marche, de se transporter sous l’horizon où il se transporte, de s’élever et de s’élargir avec les idées qui le préoccupent, de considérer enfin les questions qu’elle agite dans toute l’étendue que leur donne l’état nouveau de la pensée et de la société.[1]

            De Waterloo à la révolution de février 1848, cette phrase de Guizot pourrait, presque inconsciemment, rendre compte de l’effet d’une influence culturelle qui préoccupe une large partie de la classe intellectuelle française. Depuis bien avant et malgré le Blocus peu étanche de Napoléon – et bien avant aussi les échanges philosophiques du siècle des Lumières –, l’Angleterre exerce une fascination certaine sur la pensée et la culture françaises. Mais avec la Restauration cette influence trouve un nouvel essor, se fait sentir dans de nouveaux champs. Plusieurs parlent –en bien et surtout en mal – d’« anglomanie ». Pour autant, Paris se dote néanmoins d’un Jockey Club, les modes vestimentaires anglaises viennent presque à passer pour des traditions oubliées et le flegme anglais pour une attitude qu’on ferait bien de cultiver si l’on tient à entretenir des relations cordiales avec ses voisins de palier –comme avec ses adversaires politiques. Mais ce ne sont là que les manifestations superficielles du syndrome.

             Tout un éventail de motifs et de prétextes se voient convoqués pour expliquer cet engouement : l’adoption plus ou moins forcée du modèle constitutionnel britannique (la Charte), l’apparente prospérité faramineuse d’une Angleterre gavée par ses colonies, l’énigmatique « esprit public » et son effet de cohésion nationale qui fait l’envie des politiques français sans cesse confrontés à la méfiance, à l’instabilité, à la violence à grande peine étouffée des classes appauvries. Et bien d’autres. Les explications abondent mais elles semblent parfois vouloir masquer un sentiment de culpabilité ou de défaite mal digérée.

            Mais si, comme le dit Guizot, la littérature ne peut échapper à l’effet de ces « révolutions de l’esprit humain », en France, pendant cette période, ces « révolutions » passent souvent par l’Angleterre. L’immense popularité de Walter Scott n’en est possiblement que l’exemple le mieux connu – un peu plus, sans doute que les romans gothiques d’Ann Radcliffe et de ses complices ou que la traduction de Milton par Chateaubriand. Et, si l’on prend ce terme de « littérature » au sens très large qu’il avait alors, on s’aperçoit vite que ce vent d’influence qui traverse la Manche finit par préoccuper tous les domaines de la pensée en France.

            Là encore, les exemples abondent. Mais ils sont souvent plus subtils, souvent camouflés. Les récits de voyages en Angleterre (et en Écosse) deviennent presque un genre littéraire à part entière pendant cette période. Et, qu’ils soient admiratifs ou critiques, ils ne sont presque jamais les simples descriptions objectives pour lesquelles, très souvent, ils se donnent. En fait, ils s’avèrent — avec plus ou moins de subtilité—prescriptifs ou, tout au moins, porteurs de conseil ; pour ou contre une adoption des us et coutumes de l’Angleterre et des Anglais.

            C’est par là aussi que se révèlent des enjeux moins triviaux que la mode ou l’adoption d’attitudes, de comportements aussi faux que momentanés. Ce trafic d’influences dont la littérature se fera l’écho et souvent la complice vise un changement de mentalité politique – anticipé ou appréhendé–, une éthique sociale, économique et même discursive.

            Cet atelier s’intéressera aux trajets suivis par ces trafics d’influences aux vestiges abandonnés sur leurs passages, aux miettes qui en marquent encore les routes suivies ; qu’elles aient été tracées d’Angleterre ou par des auteurs français –qu’ils/elles soient littérateurs, bien sûr, mais aussi historiens, philosophes, économistes, ingénieurs, peintres, artistes en tout genre… et ne se limitera pas uniquement aux traces textuelles lorsque d’autres formes d’influence pourront être repérées.

  

ATELIER 3 : « Le jeune homme est un “soleil couchant”. Crise de la masculinité au XIXe siècle »

Atelier proposé par Nigel Lezama (Université Brock) 

Si crise de la masculinité il y a – ainsi que nombreuses voix l’affirment (Ashcraft et Flores 2000, Bederman 1995) ou que le déplorent (Devega, « The plague of angry white men: How racism, gun culture & toxic masculinity are poisoning America », juillet 2015), Chen « Kids Help Phone aims to support teenage males with BroTalk website », octobre 2015) –, il s’agit d’une crise à longue haleine. Aujourd’hui, cette crise se voit dans la violence accrue et dirigée vers les femmes, le fléchissement du succès des garçons dans les domaines académiques qui étaient encore les leurs il y 50 ans, et les cycles de crises économiques au niveau mondial qui mettent en cause le règne du capitalisme. Cependant, la masculinité hégémonique a commencé à s’effriter dès l’instauration des nouveaux régimes dans la France postrévolutionnaire. Effectivement, la Révolution française a enclenché un questionnement sur la légitimité du pouvoir et sa structure qui a mené à l’octroi d’une nouvelle liberté d’action aux jeunes hommes de la patrie. La carrière militaire et politique de Napoléon Bonaparte, avec son ascension fulgurante, s’est imposée le nouveau modèle pour le jeune homme, tout comme sa chute cuisante a servi d’admonition. Force est de constater que l’ombre napoléonienne recouvre le dix-neuvième siècle tout entier. La liberté personnelle que réclame désormais le jeune homme, avec les risques et les promesses brisées qu’entraîne une autonomie, à certains égards imposée, lui ouvre de nouvelles voies tout en le vouant à un « mal du siècle » bien connu grâce aux « confessions » d’Alfred de Musset.

Dans le sillage de la Révolution, les déboires ressentis de façon aigüe par le jeune homme occupent la représentation littéraire. René, Adolphe et Hernani – ces grands héros du romantisme – sont les avatars littéraires de la crise de la masculinité dont font preuve les jeunes gens en proie à ce mal historique. Cette crise fraie son chemin tout au long du siècle, ce qui est évident dans les déclinaisons du dandy spleenétique baudelairien, du désœuvrement occupé d’un Bouvard et d’un Pécuchet, de l’affaissement d’un Des Esseintes. La mise en cause de la masculinité voue le jeune homme à une inaction angoissante, mise en scène par le domaine littéraire et constatée avec perturbation par les domaines politique et médical, attestée dans les discours officiels prononcés et les diagnostiques publiées décriant l’efféminement, la dénatalité et l’éclipse de la supériorité française. Cet atelier propose d’ausculter le phénomène de la masculinité en crise au dix-neuvième siècle, tant dans son versant littéraire que dans les autres secteurs et champs discursifs, tels le journalisme, le médical et le politique afin d’éclairer les sources, les symptômes et les solutions de la velléité masculine généralisée.

Nous sollicitons des propositions de communication de vingt minutes portant sur le thème de l’adversité du jeune homme au dix-neuvième siècle. Nous sommes intéressés par toute approche qui aborde la question du point de vue de l’histoire (de l’art, de la littérature, de la culture), de l’analyse du discours, des études narratives, thématiques, génériques ou encore de la psychanalyse, notamment 

 

ATELIER 4 : « Hybridité et métissage »

Atelier proposé par Daniel Long (Université Sainte-Anne) 

             Le XIXe siècle littéraire, en vertu de sa grande hétérogénéité, a favorisé les mélanges de tout genre ainsi que le développement de la réflexion sur le croisement des influences. Ces hybridations, qui ont tantôt déconcerté, tantôt fasciné les écrivains, participent d’une littérature et d’une civilisation en profonde et rapide mutation. Parallèlement, la question de la mixité (culturelle, sexuelle, raciale, etc.) donne lieu elle aussi à de vigoureux débats et à la rencontre de personnages d’horizons de plus en plus divers dans les œuvres. L’on tâchera d’examiner l’hybridité et le métissage en empruntant l’une ou l’autre de deux voies. D’une part, les études proprement formelles porteront entre autres sur l’entremêlement des esthétiques romanesques, dramatiques ou poétiques et sur les genres dits métissés :

-   les modalités du croisement des influences esthétiques ;

-   l’incorporation des genres nouveaux au sein de genres traditionnels :

-   la distinction (ou la relation) entre fusion, mouvements alternatifs et hésitation perpétuelle ;

-   l’apparition (hypothétique) d’une littérature romanesque, dramatique ou poétique précisément « hybride », etc.

 

D’autre part, l’on pourra se pencher sur la représentation des phénomènes de l’hybridité et du métissage dans le(s) texte(s) étudié(s) :

-   le mariage mixte, le métis, le mulâtre, etc. ;

-   l’androgyne ;

-   l’hybridité dans les sphères artistique, sociale, politique ou religieuse :

-  l’hybridité dans les règnes animal et végétal, etc.

ATELIER 5 : Varia

Cet atelier sera consacré aux communications libres et sera ouvert à tous les types de chercheurs (professeurs, postdoctorants, étudiants de 2e et 3e cycle). Les jeunes chercheurs dont la proposition sera acceptée pourront être jumelés à un répondant qui lira leur communication à l’avance et sera présent lors de l’atelier.

 

Avis aux étudiants : l’association accordera deux bourses d’un montant de 150$ aux étudiants ayant soumis les propositions de communication jugées les plus pertinentes et ayant participé au colloque.



[1] François Guizot, De Shakspeare [sic] et de la poésie dramatique, Paris : Ladvocat, 1822, p. 3 - 4. Ce texte de Guizot devait servir de Préface à la publication de la nouvelle traduction de Shakespeare, publiée sous le nom de Guizot et accomplie par lui-même, sa femme, Pauline de Meulan et Amédée Pichot, à partir de la traduction de Letourneur. Ce texte préfacier fut republié, parfois sous d’autres titres, tout au long du dix-neuvième siècle.